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lundi 6 novembre 2017

François PIGNON (Alias SAM) à l'école des Faons...

 
François PIGNON (Alias SAM) à l'école des Faons...
Une école de la vie sauvage. (Vie sauvage inaliénable de la mort)

Nous entamons notre dernière journée de séjour Gapençais 2017 et, l'esprit est déjà un peu sur la route du retour, c'est donc fourbu et un peu l'âme en peine que je me prépare ce jeudi 26 Octobre au petit matin...

Toujours les mêmes rituels, le levé, le petit déj' avec l'équipe (Accompagné de quelques vannes qui détendent l'atmosphère!) puis la préparation active du commando: Nettoyage des corps au savon sans odeurs, prise en possession des fringues ajustés la veille, matériel paré: sac rempli de nourriture et de rechanges, vérification de l'absence de bruits parasites, vérification des flèches et de l'arc puis enfin avant de partir la séance de maquillage du visage...
Il est 7h00 de l'heure d'été et nous partons pour le col où sera garé le véhicule, 400 m plus haut en altitude. On passe vers le bois dit des Boas, puis le sentier qui mène au passage dans la falaise... Une HDC me prend soudain et m'oblige à une esquive de mobilisation... Fausse alerte, là dans la pénombre du petit matin, ce sont des ombres qui jouent avec mon attention. Puis au bout de 100 m un bruit de ruade dans l'épais en dessous de nous, je devine la masse d'un sanglier se dérobant et s'apprêtant à passer devant nous sur le chemin. Aussi leste que possible je prends une flèche et m'apprête à tirer une bête passant à une petite vingtaine de mètres de moi, c'est alors que Christian, me suivant s'approche et me susurre à l'oreille, "il est loin". A ce moment là, c'est panique sous le crâne, je suis pris d'une violente crise de Buck-Fever et quand le sanglier se présente en plein travers mes synapses et neurones sont comme déconnectés, impossible d'obtenir un point figé et sûr dans ma cible. Le point du viseur danse la farandole entre l'échine du suidé et le sol… Je reprends ma respiration, est pense me concentrer correctement quand je décoche dans un état psychologique, disons,… Ouateux!

Le résultat est à la hauteur de ma performance, je passe juste sous le poitrail de la laie qui ne s'aperçoit de rien et nous donnera presque, un moment seulement, l'illusion d'avoir fait mouche!

Je me maudis, ce séjour je le sentais bien et me sentais en confiance car avant d'y venir j'étais à deux flèches tirées pour deux animaux tués et ce sanglier est le troisième animal loupé comme un sagouin, nous passons la falaise, je n'y prête même pas attention tant je rumine contre moi-même. A l'entrée du bois qui suit la falaise ce sont trois bartavelles qui me passent devant, encore un de ses spectacles rare qu'il convient de savourer.
Puis nous cheminons aussi discrètement que possible à travers le bois pour une heure plus tard, prendre position.
Le temps s'égrène alors inexorablement, les secondes sont dédiées à la contemplation de ce superbe coin sauvage des Hautes Alpes. Mes pensées divaguent vers quelques songes du temps passé à poursuivre les cervidés là haut dans les pelouses au dessus de la forêt… Le grand Benj doit actuellement y pratiquer cet art extrêmement passionnant d'approcheur/rapprocheur et s'il travaille bien, il nous poussera les éventuels animaux qu'il ne pourra approcher pour tirer… Cela fait bientôt deux heures que je suis en place tout en shaggisé (Ohé-Ohé!!) et comme un signe du destin (Pas giscardisé celui là!), l'oiseau porte bonheur du Sid vient se poser devant moi à quelques centimètres du visage. Il s'agit d'un grimpereau. Il me dévisage et comme semblant vouloir poursuivre sa fuite initiale il repart. J'entends alors des bruits dans la feuille, cela me vient dans le dos. Je suis à mauvais vent mais m'étant installé sur un léger promontoire surplombant le terrain dans mon dos et dans une fourche de sapins, j'ai mes chances… et j'y crois.

Quelques secondes passent quand une silhouette se présente plein travers à une trentaine de mètres de moi, je reconnais très vite l'allure juvénile de ce que d'aucuns pourraient prendre pour une chevrette nourrie aux amphétamines/Red-bull/Guronzan/Jus d'orange/Aptonia gel 9000 et JAEGER-MASTER! Il s'agit d'un faon de cerf, les pas qui le suivent me prouvent qu'il n'est pas seul (comme je pouvais m'en douter) je "zieute" entre les bois et j'aperçois une biche deux bichettes plus deux grands cervidés dont un que j'analyserai à coup sûr comme un daguet (ayant fini son opération).

Le faon mange tranquillement en se déplaçant de ci et de là sans se douter de ma présence. Il se situe sensiblement à la même altimétrie que moi ce qui n'occasionne pas, pour ceci, de tir à corriger. En revanche, pour la distance, c'est une autre paire de manche… Il faut qu'il se rapproche de moi…
11h00, tout semble figé, les animaux mangent paisiblement à proximité de moi et mes pulsions cardiaques sont redescendues à son rythme normal. Le faon pris par je ne sais quelle motivation décide alors de venir plus près de moi… Mon dieu! Plus près de moi! Mon dieu!

Une souris sort alors des feuilles, quasiment à mes pieds, et semble m'implorer la non-violence. Elle a du me sentir déterminé et disparait aussi vite qu'elle m'est apparue.
Il ne pourra pas être beaucoup plus proche il doit être à environ 25 m, je sais tirer à cette distance, même si je n'affectionne pas cela. (Durant l'été avec Momo nous tirions régulièrement à ces distances là sans que cela ne pose le moindre souci !) J'arme mon arc et "pose" le point lumineux de mon viseur sur la ligne de sont dos à l'aplomb de la cage thoracique. Un dernier mouvement de rotation sur les chevilles et je serai parfaitement placé pour décocher. Ce dernier mouvement aura permis à l'un des cervidés qui accompagnait ce faon de percevoir ma présence (A moins que ce ne soit une saute de vent!) S'en suit un raire guttural puissant à vous faire pâmer. Le faon se met en alerte et tente de rejoindre ses congénères il passe au pas entre deux arbres et je décoche une flèche qui le prend légèrement de 3/4 arrière en entrant entre panses et reins. Il était entre 25 et 27 mètres. Je me dis "flèche très moyenne" mais qui peut faire du dégât, il me faudra "juste" attendre… N'est ce pas Monsieur PIGNON, c'est juste qu'il faudra attendre!

Toute la smala détale à la décoche je vois les bichettes me passer en contre haut et entend le raire puissant de la biche qui part doucement en contre bas avec les coiffés plusieurs fois (Une quinzaine de fois en toute et pour tout!) ces raires rappellent les jeunes animaux.
Mon faon est bien atteint, j'en suis convaincu, et le doute m'habite. L'effet (journal) de harde n'aurait-il pas embarqué "mon" animal avec les autres dans une course effrénée jusqu'à Ouarzazate, voire Vladivostok???
Il me faut patienter… Je viens de tirer, il est 11h03 j'attendrai 11h30 pour aller analyser ma flèche… le film repasse en boucle, revoir les arbres ou je l'ai vu longer, analyser le canal du tir et l'emplacement de l'animal à l'anschluss, bien analyser l'anschluss… L'analyse de la flèche à l'anschluss devient alors une obsession!

Il est 11h32, je me décide à pas feutrés à me rendre à l'anschluss, je prends d'infinies précautions pour ne pas alerter la forêt en marchant sur les "excédants de l'usine VICO" déversés ici par les érables.
"Prendre mon arc??? Pour examiner simplement la flèche à l'anschluss??? Quelle idée loufoque!!! Tu vas juste (Monsieur PIGNON) analyser ta flèche et tu reviens prévenir les autres depuis ton poste et tout va bien aller…"

Tout aurait du bien aller… Aurais-je du alors me suggérer!
A mi parcours de flèche, j'entends un bruit à quelques décamètres de moi, le faon est couché (Mal en point!) sous un gros sapin à 40 m de l'anschluss et je me sens alors nu comme un vers fiché sur un hameçon au milieu de la friture qui lorgnerait sur moi. Je m'immobilise il ne semble pas m'avoir capté. J'imagine opérer un repli stratégique mais c'est à ce moment précis qu'il me fixe, il tente de bouger ses postérieurs mais il en a le plus grand mal. Je ne suis pas bien fier car il ne doit pas être bien… Il réussit à se relever et part au pas avec une démarche de zombie… Je suis dépité! Je reste planté là et attend qu'il disparaisse de ma vue pour terminer ma quête de l'anschluss puis revient à mon poste… 

Comme au petit matin je me maudis à nouveau, j'appel au secours pour un pistage qui va être douloureux pour le moral de l'un et le physique de l'autre. Le grand Benj arrive vers moi juste après mon vieux frère de Sid. Je leur explique le topo. Ils sont plutôt confiants et me proposent de prendre le repas et de partir ensuite faire la recherche… la faim n'arrivera jamais à me trouver dans ce bois!


il est pas tout à fait 12h25 quand nous décidons de commencer la recherche en nous essaimant perpendiculairement à la courbe de niveau du flanc de la montagne. à la reposée ou je l'ai vu mon faon a perdu du sang noir. La couleur me fait reprendre espoir quand une cinquantaine de mètres plus loin je le vois se lever à nouveau. Ce n'est plus BAMBI, mais TERMINATOR. On fait marche arrière et rappelons Chris et Simon à la rescousse, il va falloir plus de temps pour faire une recherche en bonne et due forme (Même si tel que je le l'ai aperçu cette dernière fois, ce faon semble au bout!)

Nous reprenons la recherche à 14h35, je suis d'un pas dépité le Grand Benj qui me précède avec ses jumelles rivées sur les yeux, soudain il se fige et se tourne vers moi me disant "Je ne suis pas certain à 100% mais je crois l'avoir vu!" Sid prend alors son APN et zoom pour se rendre compte qu'il s'agit bien de mon faon qui est étendu de tout sont long et que des mouches arrivent déjà sur son flanc.


Je m'approche fébrile de cet animal imposant, mon dieu qu'il est beau, comme l'émotion m'a envahi je ne peux plus dire un mot et levant mes yeux vers mes compagnons je m'aperçois que cette émotion a pris à la gorge le reste de l'équipe si bien qu'elle tire quelques larmes à mon ami Sid et le grand Benj est devenu livide comme un anglais albinos sur la banquise durant les 6 mois de nuits polaires…


Il est temps de rendre les honneurs et de s'occuper de la venaison car les températures estivales risquent de compromettre l'intégrité de cette viande. On partage les charges, Benj prendra mon sac, Sid me prend une gigue (L'animal pesant vif pas loin de 80 kg) et, surtout il faut le dire ici, Christian se prête au rôle de sherpa en prenant les abats et filets dans son sac à dos… A l'aube de ses 60 printemps, cette contribution de quasiment 8 kg mérite un coup de chapeau tout particulier.

Nous entamons alors le retour, les 23 kg sont moins pénibles que les 40 kg d'un mouflon, mais le sentier est long et truffé d'irrégularités géologiques qui rendent le retour très sportif pour le dos et les articulations (Après expérience je préfère porter moins longtemps sur un sentier propre 40 kg de venaison sur le dos que 23 dans un long sentier parsemé d'embuches.


Une fois le grand Duc passé, nous avons eu Yop qui aura eu le temps de revenir au gite avec un chevrillard qu'il a tué le matin juste avant mon tir et il nous a fait l'immense plaisir de nous attendre sur le chemin avec les verres et le champagne. Cette station salvatrice pour le moral ayant lieu là où le matin même j'ai loupé le sanglier (alors que Yop l'ignorait totalement) cela apportait encore une touche particulière à cette journée pleine d'motions et de rebondissements…


La nuit retombe paisible sur un séjour 2017 atypique qui se termine beaucoup mieux qu'il n'a commencé.
La soirée sera forte en émotions partagées avec notre sympathique guide ONF qui partagera notre repas frugal et nos boutades sans égales.
Que celui qui ose échafauder l'ombre d'une pensée que ce repas du dernier soir ait pu être un diner de cons, parce qu'il y avait un PIGNON à table me jette la première allumette!

Samuel Journot


13 commentaires:

  1. Félicitations !!!
    80kg de poids vif, ça nous fait bien 50kg de bonne 'iande tout ça !!! :))
    Je suis toujours admiratif de ce que vous êtes capables d'emmagasiner... Pour ma part, je suis déjà bien emm.... quand je tue un chevreuil, je ne sais jamais si je vais pouvoir refermer le congélo... ;)
    Vous avez des actions chez Darty ?

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    1. Merci Momo pour tes félicitations, je pense que ce récit pourrait te rappeler (par son aspect un peu difficile) une drôle de soirée passée ensemble non loin de là.
      Pas d'action chez Darty, mais chez ma belle mère... ;D
      D'autre part, j'ai gracieusement proposé une part de venaison à mes compagnons d'aventure. Le partage est une valeur sacrée dans la communauté des vieux glands de Chabanotte... Les expériences, les bons mots, la nourriture, la boisson, les ronflements (Sauf cette année pour moi!),... Tout (Ou presque!) se partage entre frères d'armes!

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    2. Je vois parfaitement de quelle soirée tu veux parler.
      Tu as eu plus de chance que moi, ton animal est mort à la première flèche.
      Je revois encore le regard de cette chevrette avant que je l'achève, comme si c'était hier...

      Anthropomorphisme, me diront (m'ont dit) certains, peut-être... Sans doute...
      N'empêche, ce soir là, j'ai éprouvé plus de regrets que de joie.

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    3. A vrai dire, je suis passé par tous les états...
      Et si je pratique l'autodérision en me grimant sous les traits d'un "François PIGNON" trop optimiste, cela n'est pas totalement anodin... La vie sauvage est certes inaliénable de la mort (qui n'est jamais douce dans la nature, les animaux meurent rarement dans leur lit!), cela ne nous autorise pas certaines approximations lorsque nous y entrons avec notre animalité. Je veux que cette expérience (qui se termine bien) serve à chacun car, avec une once de précaution supplémentaire j'aurai pu éviter une (voire deux) heures de souffrances inutiles à ce faon, en lui laissant une demi heure de plus après le tir. La grosse chose à méditer c'est celle là, si votre tir est un peu derrière attendez une heure avant d'attaquer la recherche. Si j'avais pratiqué simplement cela, mon faon serait mort à 40 m de là où je l'avais tiré.

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  2. Les photos mettent bien en valeur les faux-plats typiques de la région... :))

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  3. Les larmes remontent rien que de lire ce magnifique récit.
    Une joie immense d'avoir vécu ce moment avec toi et la team.
    Un plaisir immense et un pied terrible d'avoir fait le grand limier dans les pentes de CHAUDUN .d'avoir fait porteur et une recherche de dingue et surtout longue.
    Félicitations grand Sam ou weidmannsheil jaegermeister.
    Le Grand badin secoué

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  4. Félicitation Sam le principal est de retrouver le gibier tiré, et que celui qui n’a jamais
    Fait d’erreur jette la première pierre.
    Pas moi en tous cas, je ne sais que trop le résultat d’un tir pas toute a fait dans de bonnes conditions et les angoisses et prises de tètes avant le dénouement finale.

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  5. Quel beau récit que je découvre car plus d'alertes depuis longtemps. J'en ai capté toutes les finesses car rompu à l'humour de Sam !! Bravo encore...

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    1. Et tu as déjà essayer de remettre une de tes adresses mail dans la petite case, au-dessus à gauche, dans la page d'accueil ?...

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    2. Devinette : quelle est la différence entre Sam et Christian ?

      Réponse : il y en a un qui met ses finesses (verbales) entre parenthèses, et l'autre, quand il te fait une parenthèse, c'est culinaire, et la finesse, ce n'est pas au niveau du tour de taille que tu la captes... :))

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  6. Et tu as déjà essayer de remettre une de tes adresses mail dans la petite case, au-dessus à gauche, dans la page d'accueil ?..Mon con bénit !!! Au moins 10 fois !! Il va bien le petit gros, qui soit dit en passant se porte bien et a adopté le même style d'intermède...

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    1. Je ne vous arrive à la cheville ni à l'un, ni à l'autre... ;;)

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